Des transports en commun
pour nous, avec nous
ou contre nous, sans nous ?
État des lieux:
La Belle de Mai est très mal desservie : les bus 31 à 34 qui d'un côté viennent des quartiers Nord et de l'autre partent du centre ville, sont déjà bondés quand ils débutent leurs trajets. Le 56 fait un trajet très court La Friche-la Gare et passe deux fois par heure, le 49 est pratique, il dessert d'un côté le centre ville vers Réformés et de l'autre, la Joliette, le vieux Port jusqu'à Vauban.
Les bus sont vieux, diesel, inconfortables. Le métro et le tramway sont loin du quartier (20 minutes de marche).
L'accès pour les handicapés, pour les poussettes est quasi impossible : par manque de place, parce que les arrêts ne sont pas aménagés, parce que les plateformes d'accessibilité ne sont pas mises en place, parfois par refus du chauffeur…
L’accès pour les personnes âgées est quasi impossible: bus bondés, les personnes âgées sont bousculées, fragilisées...
L'accès des enfants est quasi impossible : écrasement, bousculades, les écoles n'emmènent plus les enfants en sortie, trop de monde dans les bus,
Et pour tout le monde, c'est un service public indigne qui est offert : surchargé, étouffant, sale, collés l'un à l'autre les passagers peuvent être excédés et ne trouvant pas les responsables (la Métropole et la RTM) sous la main peuvent s'en prendre à leurs voisins d'infortunes...
Sauf que nous avons un peu oublié, à force d’entendre évoquer l’incompétence et la débilité du dernier mandat de Jean Claude Gaudin, que la droite est généralement très compétente pour faire une politique de droite et que c’est bien ce qui se passerait si la majorité basculait à Marseille. Nous n’avons pas le droit de nous planter, ni à Marseille, ni à la Métropole. Le résultat des dernières élections législatives en dépit d’un pacte républicain bricolé à la hâte devrait au contraire nous affoler. Le département des Bouches du Rhône a élu 9 députés du Rassemblement National, 2 députés de droite et seulement 5 députés de gauche.
Ce sont des transports contre nous.
C’est un service public de transport qui fait détester le service public (est-ce un but caché ?).
Ce sont des bus qui suintent le mépris de classe, qui montrent d'une manière éclairante le lâchage volontaire et le désintérêt des responsables des pouvoirs publics pour une partie de la population.
Un service public pauvre pour les pauvres, pour ceux qui ne comptent pas.
Le tramway de la Belle de Mai
Aux vues de l'état des lieux des transport dans la Belle de Mai, la perspective d'une amélioration ne peut être qu'accueillie positivement.
Malheureusement et dès le début règne la plus grande opacité.
Nous apprenons, il y a environ deux ans qu'il y a un projet de tramway dans le quartier.
Il y a un total manque d'information, de concertation, le projet se fait sans nous,
Plusieurs habitants, commerçants du quartier se réunissent et fondent le collectif "Qu'est ce qui se tram?" qui réunit des pour et des contre le tramway. Ce collectif a des objectifs communs :
- obtenir des pouvoirs publics une information transparente, précise et complète en amont du projet
- participer aux discussions et décisions en tant qu'habitant-es et commerçant-es principaux/pales concerné-es.
- être force de proposition pour des solutions de transport diversifiées et informer, débattre régulièrement avec les habitant-es de ce que le collectif réussit à apprendre, à élaborer.
Le collectif d’habitant-es « Qu’est ce qui se tram? » essaie de faire un projet de transport pour nous et avec nous.
De fin 2013 à septembre 2014, il y a un total manque d'information, de concertation de la Métropole mais aussi, dans une moindre mesure, de la Mairie (qui nous évoque sa non compétence concernant la mobilité).
Le collectif en fait « remplace » à son niveau les services publics défaillants. Il rassemble des documents sur le projet et le tracé du tramway, il collecte des éléments sur les vertus ou les désavantages de chaque moyen de transports, sur leurs coûts, il s'informe sur les modalités techniques de construction et de passage d'un tramway. Avec toutes ces données, le collectif publie un dossier qu'il diffuse sur son groupe WhatsApp, qu'il présente lors de réunion publique. Une dizaine de réunions (maison pour tous, café, bar, fraternité...) réunissent près de 500 personnes. A chaque fois nous présentons le trajet "non officiel" (qui sera confirmé en septembre 2024), ses incohérences, ses destructions massives et au fur et à mesure, nous élaborons avec les habitants des contre propositions pour améliorer le projet. Le tracé est une vraie catastrophe, il élimine tous les commerces du cœur villageois (26 commerces détruits), il supprime toute "l'intimité du quartier", son côté village, avec des rues étroites qui serpentent un peu, il fait passer la rue Loubon de 9 m à 18m. C'est un tracé "contre nous", contre le quartier, contre ses habitant-es actuels. C'est un tracé de déménagement de population (de 150 à 180 logements détruits) et de promotion immobilière..
En septembre 2024, après de nombreuses sollicitations, de nombreux recommandés (c'est étrange à Marseille, à la Métropole, et dans une moindre mesure à la Mairie, les courriers n'arrivent jamais, les mails non plus et surtout on n'y répond jamais) le collectif obtient un rendez-vous avec la Métropole.
Cette histoire de courriers auxquels on ne répond pas n'est pas qu'anecdotique, elle pose la question de l'interpellation des citoyens aux pouvoirs publics, à partir de quelle masse, de quel contre pouvoir, le pouvoir répond il? A-t-on une chance en tant que simple citoyen de se faire entendre, si le citoyen est en dehors des tuyaux de connivence, de connaissance, de partis, de réseaux? comment une question légitime est prise en compte? Comment se mobilise-t-on pour lui répondre? pour ne pas laisser le citoyen dans une situation d'abandon. Comment rendre la réponse efficace.
Le rendez-vous avec Solange Biaggi, les services techniques, des représentants du cabinet de la présidente confirme nos informations, le tracé est bien celui que nous avions, avec son lot de destruction. Nous leur demandons s'ils ont étudié toutes les alternatives, pour construire un service de transport moins destructeur. Ils nous répondent par l'affirmative. Nous leur demandons alors la possibilité d'avoir leurs études de passage dans deux rues qui nous semblent moins impactantes. Nous n'avons jamais eu de retour.
Ce rendez-vous a été une leçon et une confirmation. Un projet à 200 millions d'euros d'argent public se décide sans le public. Un projet à 200 millions ne propose aucune alternative, aucune variante (à ce prix là, il semble facile d'étudier différents tracés, différents modes de transport...) il ne propose qu'une solution, à prendre ou à laisser. Une autre leçon : à la fin de la réunion, le directeur des services des mobilités a pris notre dossier et a commencé à l'annoter, à faire des remarques, comme un professeur à un élève un peu médiocre.
Cette méthode de faire un rendez-vous, de présenter un projet où il n'y a pas d’ alternative révèle que:
- d’avoir un rendez-vous avec les élu-es est quasi impossible, aucun aller retour sur le suivi d'un dossier, aucune co-construction.
- cette méthode engendre l'affrontement, favorise la coupure citoyens/élus.
- ce sont les élus. Cette posture quasi divine s'impose (font-ils des formations pour être compétents dans le domaine dont ils sont responsables?).
- celui qui a le pognon a le pouvoir.
- la tour où loge la Métropole met en lumière leur manière d'exercer leur pouvoir et de le montrer : une grande tour qui domine Marseille, des bureaux gris, beige, insonorisés, anonymes : ça pourrait être une banque, une société multinationale dans n'importe quelle ville du monde. Ce sont des gestionnaires pas des copains. Ce sont des professionnels, sérieux. Nous des amateurs, farfelus.
C'est un lieu public clos comme un lieu privé, comme un coffre fort. La démocratie confisquée. Sur les hauteurs une technocratie de bureaux et d'élus salariés. Avec une vue sublime sur la mer.
Avec le drôle de sentiment, de devenir étranger au service public. De devenir importun, encombrant.
Ils parlent la langue de l’infrastructure quand nous parlons vie des gens.
Depuis septembre 2024, le collectif « Qu’est-ce qui se tram? » a organisé des réunions d'information et de débats dans des cafés, puis avec la mairie du 2/3, pour aboutir à modifier le projet de la Métropole, avec le soutien de la Mairie centrale : la délibération du 5 décembre propose de relancer de nouvelles études pour ne détruire aucun commerce et sauvegarder le cœur villageois. C’est une première avancée.
Depuis janvier 2025, le collectif a organisé des ateliers avec les habitant-es du quartier, dans des cafés, à la Fraternité, à la Belle fête de Mai, sur le toit terrasse de la Friche… Des centaines de personnes ont participé à l’élaboration de propositions pour améliorer le tracé, trouver un autre aménagement du quartier : nous avons édité une grande carte du quartier sur laquelle nous travaillons avec les gens.
Actuellement, après ces différents ateliers, les habitant-es et le collectif proposent :
- de faire passer seulement le tramway dans la rue Loubon et d'aménager 2 trottoirs, ce qui ne provoquerait que très peu de destructions.
- de faire circuler les voitures suivant des tracés en marguerite, ce qui permet d'entrer dans le quartier, mais empêche les voitures de simplement traverser le quartier.
- de créer des zones à 20km sur le quartier et des zones apaisées, piétonnes qui iraient d'une école à l'autre.
- de créer des pistes cyclables dans les voies parallèles à la rue Loubon.
- de créer des parkings relais mais aussi des parkings habitants (qui soient conçus écologiquement).
- de permettre le relogement sur le quartier des personnes délogées. De permettre la rénovation des logements autour du tracé et d'aider les propriétaires peu argentés. De soutenir les propriétaires face aux expropriations...
Nous avons une nouvelle réunion avec la Métropole le 8 juillet.
Quelques propositions personnelles suite à cette expérience :
La Métropole a le temps pour elle et des moyens (la Mairie aussi). Les collectifs de citoyens, associations peuvent être usés par le temps qui passe et par le manque de moyens. Il faudrait :
- aider financièrement les collectifs qui sont dans une démarche pour le bien commun, et les soulager, les accompagner. A certains moments aider les collectifs dans leur lutte, dans leur travail d’enquête (formation, intervention de techniciens, de scientifiques, de militants qui apporteraient des compléments d’informations, de savoirs…)
- créer un service de co construction avec les citoyens à la Mairie, à la Métropole sur tous les projets de transports, immobiliers, de déchets, de nouveaux équipements publics… Rendre obligatoire le principe de la co construction...
- avoir un service allo citoyen, où l'on puisse avoir quelqu'un immédiatement pour les problèmes quotidiens et du personnel pour le résoudre. Ce même service proposerait des rendez-vous, des visites sur site avec les élus pour des problèmes plus généraux, et répondrait par écrit aux citoyens.
- analyser et voir toutes les luttes sur les transports depuis 6 ans, recenser tous les manquements du réseau pour en tirer des grands axes programmatiques.
- que la mairie soit plus avec les citoyens, les collectifs. Qu’elle appuie leurs demandes, qu’elle soit un contre-pouvoir avec nous. Elle est souvent timide, semble se méfier de ces mobilisations, est peu réactive. Bien qu’issue de la mobilisation citoyenne, la Mairie et les élu-es s’institutionnalisant semblent oublier leurs origines.
- fonder un conseil citoyen, renouvelable tous les 2 ans, qui accompagnerait la Mairie, la Métropole pendant le mandat.
Quand il y a un projet, il faudrait que chaque quartier soit respecté, qu’il soit pris en compte dans sa globalité. Dans sa géographie, avec son histoire, avec ses maisons, ses immeubles, sa diversité d’habitants, ses commerces et artisans, ses rues, ses arbres, ses collines, ses animaux, ses terrains vagues, ses sous sols, ses liens… De l’urbanisme tendre, soucieux du fragile.